Rompre avec un système qui fracture la société Réunionnaise

En 2026, notre île est économiquement sous perfusion et le peuple réunionnais fait face à une grande précarité. La hiérarchisation sociale et la dominance économique historiquement structurées autour d’acteurs extérieurs de l’île, alimentent la colère des Réunionnais.es.

Dans ce contexte apparaissent des tensions entre les Réunionnais.es et les Zorey, des personnes venant de La France hexagonale. La question centrale est : sont-ils vraiment les véritables responsables ?

I. Frustration sociale : les raisons de la colère

Aujourd’hui, La Réunion fait face à des conséquences inéluctables du système capitaliste qui nous enferme. Des déséquilibres demeurent et accentuent la colère des locaux vis à vis des Zorey : la vie chère, le chômage massif, la crise du logement, la gentrification.

La vie chère

La vie chère sur l’île est une réalité quotidienne, qui se renforce d’années en années. Elle est entretenue par une organisation économique de l’île, qui favorise un modèle d’importation français, au détriment d’une souveraineté alimentaire et agricole locale.

La Réunion est un marché captif, un espace de consommation, où l’alimentaire coûte 37% plus cher qu’en hexagone d’après l’INSEE et où 36% du peuple réunionnais vit sous le seuil de pauvreté en 2021 contre 14,6% en France.

Loin d’être un territoire souverain économiquement, la précarité de la population et sa dépendance envers la France ne fait que se renforcer. La vie chère est une des conséquences réelles du capitalisme, qui emprisonne la Réunion dans une dépendance structurelle envers l’hexagone.

Le chômage massif et structurel

Le modèle économique imposé a un impact négatif sur la création d’emploi à La Réunion. L’île connaît un chômage structurel de masse, élevant son taux à 16% en 2025 selon l’INSEE.

Le chômage persistant est favorisé par un monopole économique appartenant à de grands groupes de distribution. Ces derniers rendent la création d’entreprise pour les locaux extrêmement restreinte.

L’éloignement du marché européen oblige certaines personnes à sot la mèr, aller en hexagone, faute de formations ou d’offres d’emplois adaptées, tandis qu’une majeure partie des locaux doivent se suffire de sous-emplois faiblement rémunérés.

Les formations proposées à la Réunion ne sont pas suffisantes pour les jeunes pour avoir un emploi. Ils sont les plus touchés par le chômage. La jeunesse est contrainte de s’exiler en France pour se former, sans avoir l’assurance de pouvoir trouver un emploi en rentant.

Les Réunionnais.es s’orientent le plus souvent vers des enseignes commerciales, en vente de voitures, banques et assurances, le secteur immobilier… Le système nous entraînent dans un type de consommation inutile ou incompatible avec le développement et l’avenir de notre île et celui de la planète.

La crise du logement

La crise du logement s’aggrave sur l’île avec presque 50000 demandes de logements sociaux en attentes et concerne 4 réunionnais sur 10. Ce phénomène durable est très préoccupant quant à un contexte social fragile, où le taux de pauvreté est de 36%.

L’augmentation des prix des loyers et du coût élevé de la vie en général contribue à cette crise. Certaines familles ne parviennent pas à payer leur loyer et se retrouvent à la rue. La place dans les logements sociaux est restreinte, ce qui limite les attributions en faveurs des personnes sans domicile fixe.

Cependant, le mal-logement qui touche la population, n’empêche pas les profits du marché immobilier. De nouveaux quartiers, logements et résidences secondaires poussent dans les régions les plus saturées de l’île, où les personnes les plus précaires doivent attendre pendant des mois ou années avant d’être logées.

Le mal-logement dont souffre la Réunion est lié à une volonté d’ « amélioration » des quartiers permettant l’accueil des touristes et de nouveaux habitants. Ce processus contradictoire est rendu possible par un système qui puise dans les ressources de l’île sans contribuer à son développement.

La gentrification

La Réunion connait une transformation de ses quartiers suite à l’arrivée des Zorey sur l’île.

La gentrification se caractérise par la création de nouveaux logements, provoquant la hausse des loyers, l’importation de nouveau mode de vie et de consommation liés aux spécialités de l’hexagone… Alors on voit apparaitre dans chaque ville des centres commerciaux, des parcs d’immeubles, l’aménagement de nouvelles route, etc. Les quartiers réunionnais sont réorganisés pour l’accueil d’un nouveau modèle de population. Le tourisme accélère ce mécanisme en francisant la culture locale, et en adaptant l’île à la venue des Zorey.

C’est dans ce contexte déséquilibré que se crée des tensions. Le réunionnais voit sa situation se détériorer au profit du confort social et économique des Zorey, et se retourne contre ces figures du système.

II. Pourquoi cette colère se retourne parfois vers le zorey

La colère se focalise sur des figures visibles

La colère de la population est légitime. Les Zorey sont les figures visibles d’un système, qui crée des déséquilibres majeurs à tous niveaux sur l’île. Les nouveaux arrivants voient la Réunion comme une opportunité, que ce soit professionnelle ou comme cadre habitable. Ils arrivent avec des bagages de diplômes, et des propositions d’emplois. Les logements leurs sont accessibles, même dans les régions les plus habitées et malgré les prix élevés des loyers.

Concurrence réelle sur l’emploi ou le logement

Cette dualité témoigne d’une concurrence réelle sur l’emploi et le logement entre les nouveaux arrivants et les locaux. Dans les situations où les Réunionnais.es se retrouvent bloqué.e.s, les Zorey en tirent des bénéfices. Les Réunionnais.es qui rentrent sur l’île ont moins d’opportunités d’accéder à un emploi et encore moins à un poste à responsabilités. Les hexagonaux s’installant à La Réunion se trouvent eux à ces postes dans les domaines tels que la justice, l’éducation, la santé ou les grandes entreprises, et ont plus de facilité à construire.

Dans ce contexte, le Zorey est considéré comme un concurrent, comme une représentation d’un système d’oppression. Dans un système capitaliste et colonial, les groupes déjà favorisés gardent l’avantage. La problématique est structurelle, pas individuelle : ce n’est pas une question de personnes, mais de système.

Même si les Zorey ne venaient plus, d’autres formes d’oppression apparaîtraient : le système capitaliste produit toujours une hiérarchisation entre individus (race, classe, genre).

D’autres populations telles que les Mahorais, les Comoriens ou les Sri Lankais, sont également visées à tort, en se heurtant à une volonté de traitement différencié à La Réunion.

Il ne s’agit pas ici de faire un réquisitoire contre les Français d’hexagone dans leur globalité ni de vouloir stigmatiser tel ou tel groupe d’individus en fonction de son origine. Il s’agit ici de montrer en quoi le système capitaliste organise des mécanismes de dépendance et subordination.

III. Seul un changement de système peut redonner le pouvoir à notre peuple

Le moyen de sortir de la dépendance est de repenser un système bénéfique pour notre peuple.

A. Sortir de la dépendance psychologique

« Le colon fait l’histoire et sait ce qu’il fait. Et parce qu’il se réfère à l’histoire de sa métropole, il indique en clair qu’il est ici le prolongement de cette métropole. L’histoire qu’il écrit n’est donc pas l’histoire du pays qu’il dépouille mais l’histoire de sa nation » disait Fanon dans son essai Les damnés de la Terre.

La colonisation n’a pas disparu mais a muté. Les outils ont changé mais la logique reste la même. Le modèle dominant structure la société dominée, pour en concentrer les pouvoirs économiques et fonciers : organiser pour dominer, intégrer pour contrôler, dépendre pour survivre.

Pour créer un système mettant notre peuple au premier plan, il faut croire en nos capacités collectives. À nous de mettre en avant notre culture et nos savoirs locaux. Choisissons de ne plus être une ressource économique pour la France, mais affirmons notre identité réunionnaise.

Libérons nous de nos chaînes et écrivons notre histoire.

Nou lé pa plis, nou lé pa moin” – Laurent Vergès

B. L’indépendance pour sortir de cette prison « rouillée »

Le moyen de sortir d’un système qui structure la dépendance, est de considérer l’indépendance. La mise en place d’un nouveau modèle de société, pensée par et pour les Réunionnais.es, permettrait le développement de notre île.

Il est nécessaire de placer le vivant au centre, en pensant à des alternatives économique, sociale et culturelle propre à notre île.

Le vrai problème ici n’est pas le Zorey, mais le système capitaliste et colonial qui organise la dépendance et les hiérarchies. L’indépendance apparaît comme un outil de libération d’une logique oppressive, permettant la construction d’une société plus juste et respectueuse des traditions et du savoir-faire local. Cette étape est importante pour permettre au développement de l’île et à la réappropriation de notre histoire.

Ti pa ti pa nou va avancé

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