Conscience et lutte des classes : une réalité toujours actuelle à La Réunion

« Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c’est au contraire leur être social qui détermine leur conscience. » Cette affirmation de Karl Marx, issue de Contribution à la critique de l’économie politique (1859), reste aujourd’hui d’une actualité brûlante — en particulier dans des territoires marqués par l’histoire coloniale et l’inégalité persistante comme La Réunion.

Dans ce contexte insulaire, la domination économique et sociale prend des formes multiples : vie chère, précarité structurelle, violence sociale, sentiment d’infériorité culturelle… Autant de mécanismes qui participent à maintenir une large partie de la population — en particulier les Kaf — dans une position subalterne. La violence n’est pas qu’un phénomène spontané : elle est le symptôme d’une organisation sociale pensée pour diviser, affaiblir, et empêcher toute prise de conscience collective.

La structure de la société est construite de manière à séparer les classes sociales et à limiter les interactions entre elles. On vit, on travaille, on fréquente des gens de notre propre classe, ce qui rend difficile l’émergence d’une conscience de classe partagée. Or, c’est précisément ce que cherche à entretenir la classe dominante : empêcher les dominés de prendre conscience de leur condition commune. Cela passe par une aliénation idéologique permanente, à travers les médias, le cinéma, la littérature… autant de vecteurs qui diffusent les idées dominantes — celles de la classe dominante.

Car oui, « les idées dominantes sont les idées de la classe dominante ». Et cette classe dominante — à La Réunion, ce sont notamment la bourgeoisie créole (désignant les descendants de colons blancs) et les « zoreys » — a, elle, une conscience de classe forte. Elle défend ses intérêts car elle détient les moyens de production, elle a quelque chose à préserver. À l’inverse, les intérêts du prolétariat ne sont pas ceux des dominants. Les premiers aspirent à l’émancipation, les seconds y voient une menace pour leurs privilèges.

Cette domination repose aussi sur une stratégie bien connue : diviser pour mieux régner. À La Réunion, cela prend la forme d’une balkanisation locale, une fragmentation des identités, des luttes, des solidarités. C’est cela, le colonialisme moderniste : réduire notre perception du monde pour réduire notre capacité d’agir.

Et pourtant, le véritable pouvoir réside entre les mains du peuple. Ce sont les prolétaires, les travailleurs, les dominés, qui constituent la force de production indispensable au système. Le jour où ils désobéissent, où ils retirent leur consentement, le pouvoir des dominants s’effondre. L’autorité, rappelons-le, ne tient que parce qu’elle est autorisée.

La question fondamentale est donc celle-ci : continuerons-nous à réclamer des droits dans un système qui a été construit sur notre exclusion ? Ou choisirons-nous de bâtir une autonomie politique, une communauté consciente de ses intérêts, allant jusqu’à revendiquer l’indépendance si nécessaire ? Car tant que l’on cherche à être reconnu par un ordre qui s’est fondé sur notre négation, on se perd. Il est temps de rompre avec cette logique et de repenser notre place, notre pouvoir, notre avenir.

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