Notre pays, La Réunion, île de croisement entre cultures multiples, est située dans l’Océan Indien. Elle porte une histoire marquée par l’esclavage, l’engagisme, le BUMIDOM et État français qui maintient nos structures sociales et économiques dans un cadre colonial. Aujourd’hui, notre île fait face à plusieurs problématiques : un taux de chômage élevé de 17 %, un taux de pauvreté de 36 %, et un accès difficile au logement, avec 140 000 personnes vivant dans des conditions de mal-logement. Ces réalités sont exacerbées par l’invisibilisation et l’effacement progressif de l’identité réunionnaise par un État colonial français, qui maintient des rapports inégaux et étouffe nos spécificités locales.
À l’aire de la décolonisation, la création d’une chaire universitaire dédiée aux études réunionnaises au sein de l’université de la réunion serait un moyen d’avoir une meilleure compréhension des enjeux de notre société sur le plan politique, économique et sociale, car la recherche scientifique représente un moteur de développement pour un pays. Autrement dit, il est fondamental de proposer une approche interdisciplinaire pour répondre à des problématiques locales en incluant plusieurs projets de recherche permettant l’avancement rapide des connaissances dédiées au développement de notre pays.
Aujourd’hui, l’université de La Réunion propose des parcours universitaires qui permettent aux étudiants d’acquérir des connaissances sur l’histoire, la langue, la culture et la société réunionnaise. Aussi, nous pouvons retrouver le CRESOI, un centre de recherche dédié aux sociétés de l’océan Indien qui mène des recherches sur notre espace géographique. Mais, cela est-il suffisant pour combler le fossé que traverse la population sur la connaissance de leur pays ? Avons-nous des institutions et des médias suffisamment puissant pour véhiculer une pensée réunionnaise dans laquelle la population s’identifie, se reconnaît dans sa vie quotidienne ? C’est pourquoi, il est important de déterminer un cadre de référence où le peuple puisse s’imprégner de la connaissance qui influence son existence.
De plus, la connaissance de soi est un facteur important pour développer son estime de soi. Donc, faisons en sorte que l’ensemble des références culturelles soit présent dans les programmes scolaires et universitaires à La Réunion, afin de permettre aux jeunes et aux étudiants réunionnais d’avoir des modèles qui sont en lien direct avec leur imaginaire afin qu’ils puissent bâtir une identité forte au cours de leur parcours professionnelle et personnel.
Par ailleurs, la mise en place d’une chaire multidisciplinaire offrirait aux étudiants, aux chercheurs, aux décideurs et aux acteurs de la société civile la possibilité d’explorer divers domaines scientifiques pour analyser la société réunionnaise dans sa globalité. C’est pourquoi la création d’une chaire universitaire dédiée aux études réunionnaises à l’Université de La Réunion est considérée comme essentielle, pour plusieurs raisons :
- Valoriser le patrimoine culturel et historique de La Réunion
L’histoire de La Réunion est riche, caractérisée par la colonisation, l’esclavage, l’engagisme et le métissage culturel. Une chaire universitaire serait indispensable pour étudier, documenter et transmettre ce patrimoine exceptionnel aux générations futures. - Développer la recherche scientifique à l’échelle locale
Une chaire universitaire favoriserait la recherche sur des sujets propres au pays, comme l’histoire, la langue, la culture, la biodiversité, l’économie locale ou encore les problématiques sociales de La Réunion. - Favoriser le rayonnement académique à l’échelle internationale
En structurant les études réunionnaises, l’Université de La Réunion pourrait devenir un pôle d’excellence dans ce domaine et attirer des chercheurs et des étudiants venant du monde entier qui sont intéressés par les dynamiques insulaires, postcoloniales et culturelles. - Répondre aux enjeux socio-économiques et environnementaux actuels
Une chaire spécialisée permettrait d’analyser les défis spécifiques de l’île, tels que le développement durable, la préservation de la biodiversité, le tourisme, ainsi que les disparités sociales et économiques, en offrant des solutions appropriées. - Renforcer l’identité et la transmission des savoirs « péi »
La création d’une chaire universitaire pourrait jouer un rôle essentiel dans la promotion et la transmission des connaissances locales aux étudiants, aux enseignants et au grand public. Cela permettrait de renforcer le sentiment d’appartenance identitaire et de mettre en valeur les savoirs traditionnels de La Réunion. - Créer des passerelles interdisciplinaires
Favoriser les collaborations entre diverses disciplines telles que l’histoire, la sociologie, la linguistique, l’écologie, l’économie et consorts pourrait permettre une approche globale et novatrice des questions spécifiques à La Réunion.
Pour conclure, d’une part, la création d’une chaire universitaire dédiée aux études réunionnaises serait essentielle pour préserver, analyser et mettre en valeur les particularités de l’île. D’autre part, cela contribuerait au progrès scientifique et académique de La Réunion.