Vivre et lutter contre l’impérialisme depuis l’intérieur

« L’impérialisme est la phase ultime du colonialisme », disait Kwame Nkrumah en reprenant la pensée de Lénine.

Mais qu’est-ce que l’impérialisme ?
C’est la domination qu’un pays exerce sur un autre : une domination qui peut être économique, culturelle, politique ou militaire. Sur le plan économique, elle s’inscrit souvent dans une logique capitaliste de prédation, d’extraction des ressources et de conquête de marchés.

Ainsi, pour de nombreux penseurs anticoloniaux, impérialisme et capitalisme sont étroitement liés. Malcolm X dénonçait cette logique dans Le Pouvoir noir :
« Le capitaliste se nourrit du sang d’autrui. Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. »

L’impérialisme ne se manifeste pas seulement par la domination directe ; il déploie aussi des stratégies variées pour étendre son hégémonie : soft power par le sport, la langue ou la musique ; sanctions économiques (Venezuela, Iran, Cuba…) ; interventions militaires justifiées par des motifs contestables (Afghanistan, Irak, Libye…) ; médias dominants qui façonnent les perceptions du “bien” et du “mal” ; ou encore production de savoirs présentés comme universels. Cette liste est loin d’être exhaustive.
Dans le même temps, des États et des peuples cherchent à reprendre le contrôle de leurs orientations politiques et économiques, comme on l’observe notamment chez les pays de l’AES en Afrique de l’Ouest (Mali, Niger, Burkina Faso).

Nous vivons pourtant, nous les Marones, en tant que femmes militantes anti-impérialistes, dans ce que certain·es appellent le « ventre de la bête » : le système capitaliste. Nous utilisons ses infrastructures : écoles, justice, institutions etc, participons à certaines dynamiques économiques et parlons ses langues, tout en cherchant à résister à ses logiques de domination.

Cette position s’accompagne de contradictions quotidiennes. Les reconnaître n’est pas un aveu d’échec, mais un premier pas vers une conscience politique plus lucide. Nommer ces tensions permet de comprendre comment le système façonne nos pratiques, nos imaginaires et nos priorités, et d’envisager des actions plus collectives et stratégiques. C’est souvent là que commence la lutte.

Plusieurs penseurs ont analysé ces mécanismes de domination. Fanon rappelait que celle-ci marque les esprits autant que les territoires : lutter contre l’impérialisme implique donc de déconstruire les hiérarchies imposées et les normes culturelles dominantes. Edward Saïd montrait également que les récits dominants participent à légitimer ces rapports de pouvoir ; apprendre à les lire de manière critique devient alors une condition pour élaborer des stratégies de résistance efficaces.

Pour nous, une lutte anti-impérialiste ne peut être que collective et consciente de ses propres limites. Elle passe par le partage d’expériences, la solidarité entre les peuples, l’éducation populaire, la réappropriation culturelle et la construction d’alternatives économiques plaçant le vivant au centre.

Elle suppose aussi l’écoute, ainsi que la conscience que notre prise de parole s’énonce depuis le Nord. Cela implique de se décentrer, de se repositionner et de questionner sans cesse nos pratiques et nos certitudes.

Comme le rappellent de nombreux leaders anti-impérialistes, cette lutte est de longue haleine. Thomas Sankara disait :
« L’impérialisme est un mauvais élève. Quand il est battu, quand il est renvoyé de la classe, il revient encore. »

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